Comment les registres paroissiaux racontent la vie d'un vigneron angevin au XVIIᵉ siècle
Un simple acte de baptême de 1656. C'est tout ce qu'il restait de René Cerqueu. En remontant puis en suivant sa descendance, les archives racontent pourtant près de cent cinquante ans d'histoire angevine : le règne de Louis XIV, la vie des vignerons du Layon et, quelques générations plus tard, la guerre de Vendée.
Que pouvait être la vie d'un vigneron dans le vignoble du Layon sous le règne de Louis XIV ?
Grâce aux registres paroissiaux conservés aux Archives départementales de Maine-et-Loire, il est possible de reconstituer le parcours d'un homme ordinaire : René Cerqueu (1656-1729), vigneron à Saint-Lambert-du-Lattay. Baptêmes, mariages, sépultures et remariages permettent de suivre son existence pendant plus de soixante-dix ans et offrent un témoignage précieux sur le quotidien des familles rurales sous l'Ancien Régime.
Au-delà d'une simple généalogie, cette histoire illustre les réalités d'une époque : la transmission du métier de vigneron, les remariages rendus nécessaires par une forte mortalité, l'attachement à la paroisse et la permanence d'un terroir viticole qui fait encore aujourd'hui la renommée des Coteaux-du-Layon.
À retenir
- René Cerqueu naît en 1656 à Saint-Lambert-du-Lattay.
- Il appartient à une famille de vignerons installée dans la vallée du Layon.
- Sa vie peut être reconstituée grâce aux registres paroissiaux.
- Son parcours couvre la fin du règne de Louis XIV et les premières années de celui de Louis XV.
Un enfant du vignoble du Layon (1656)
Le 8 novembre 1656, le curé de Saint-Lambert-du-Lattay inscrit dans le registre paroissial le baptême d'un enfant nommé René Cerqueu. Son père, qui porte le même prénom, exerce le métier de vigneron. Sa mère se nomme Jeanne Godillon.
À première vue, cet acte ressemble à des milliers d'autres conservés dans les archives paroissiales. Pourtant, il constitue le point de départ d'une histoire familiale que les registres permettront de suivre pendant plus de sept décennies.
À cette époque, la vallée du Layon vit essentiellement de la vigne. Les coteaux, bénéficiant d'un climat favorable et de sols propices, sont déjà réputés pour la qualité de leur production. Bien avant la création des appellations modernes, des générations de vignerons façonnent ce paysage qui deviendra l'un des plus célèbres vignobles d'Anjou.
Lorsque René vient au monde, Louis XIV n'a que dix-huit ans. Le royaume sort lentement des troubles de la Fronde tandis que commencent les grands travaux qui marqueront durablement le règne du Roi-Soleil. Pendant que la monarchie affirme son autorité, la vie quotidienne des habitants du Layon demeure rythmée par les saisons agricoles : la taille hivernale des ceps, les travaux de printemps, les soins apportés à la vigne durant l'été et les vendanges à l'automne.
Rien ne permet d'affirmer que le jeune René suivra le métier de son père. Cependant, dans les campagnes angevines du XVIIᵉ siècle, la transmission familiale des exploitations viticoles est la situation la plus fréquente. Les enfants apprennent très tôt les gestes du travail de la vigne et participent progressivement aux tâches de l'exploitation.
Les registres ne racontent ni son enfance ni son caractère. Ils ne disent rien de ses joies ou de ses peines. En revanche, ils permettent de replacer son existence dans un cadre précis : celui d'une famille enracinée dans son terroir, où le métier, la paroisse et les liens de parenté structurent la vie quotidienne.
Le regard du généalogiste
Un simple acte de baptême ne livre que peu d'informations : une date, des noms, des parrains et marraines, parfois une profession. Pris isolément, il paraît modeste. Croisé avec les actes de mariage, de sépulture et les baptêmes des générations suivantes, il devient la première pièce d'un puzzle permettant de reconstituer l'histoire d'une famille sur plusieurs décennies.
Baptême de René Cerqueu, Saint-Lambert-du-Lattay, Saint-Lambert, Baptêmes, mariages, 1626-1674
Pourquoi les registres paroissiaux sont-ils indispensables en généalogie ?
Avant la création de l'état civil en 1792, les registres paroissiaux constituent la principale source d'information sur les familles françaises. Institués par l'ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539 pour les baptêmes, puis progressivement complétés pour les mariages et les sépultures, ils deviennent encore plus fiables après l'ordonnance de Saint-Germain-en-Laye (1667), dite Code Louis, qui impose la tenue de deux exemplaires des registres.
Pour le généalogiste, ces documents sont bien plus qu'une succession de dates. Ils permettent de suivre les familles, d'identifier les métiers, de mesurer la mobilité géographique, de comprendre les alliances entre lignées et, parfois, de reconstituer toute la vie d'un individu. René Cerqueu en est une parfaite illustration.
Premier mariage, première épreuve (1679-1685)
Le 10 juin 1679, les registres paroissiaux de Saint-Lambert-du-Lattay enregistrent le mariage de René Cerqueu, âgé d'environ vingt-trois ans, avec Jeanne Abellard, qui en a une vingtaine.
Pour le généalogiste, un acte de mariage est souvent l'un des documents les plus riches. Il confirme non seulement l'union de deux personnes, mais mentionne également leurs parents, leur paroisse d'origine, les témoins présents et parfois leur profession. Chaque détail permet de consolider une filiation ou d'ouvrir de nouvelles pistes de recherche.
Comme dans la majorité des campagnes françaises du XVIIᵉ siècle, le mariage ne répond pas uniquement à un choix personnel. Il constitue aussi une étape essentielle dans la vie économique de la famille. Deux époux unissent leurs forces pour faire vivre une exploitation, élever des enfants et assurer la continuité du patrimoine.
Les années qui suivent voient naître deux enfants : Jeanne en 1681, puis Jean en 1683. Les registres de baptême témoignent d'une famille qui semble s'installer dans une certaine stabilité. Rien, dans les actes, ne laisse présager les drames qui vont bientôt la frapper.
Puis, au cours de l'été 1685, le registre des sépultures s'enrichit d'une nouvelle mention. Jeanne Abellard est inhumée. Elle n'a qu'une vingtaine d'années.
Le curé ne précise pas la cause du décès. C'est la règle à cette époque. Les actes de sépulture indiquent généralement la date, l'identité du défunt et le lieu de son inhumation, rarement davantage.
Pour l'historien comme pour le généalogiste, cette absence d'information est frustrante. Était-elle morte en couches ? Victime d'une épidémie ? D'une maladie soudaine ? Les sources ne permettent pas de le dire. Toute affirmation serait une supposition.
Une seule certitude demeure : René Cerqueu se retrouve veuf alors qu'il est encore jeune, avec deux enfants à élever.
Le regard du généalogiste
Résister à la tentation d'inventer est une règle fondamentale. Les archives disent ce qu'elles disent, et rien de plus. Lorsque la cause d'un décès n'est pas mentionnée, le chercheur doit accepter cette part d'incertitude. La rigueur consiste autant à reconnaître ce que l'on ignore qu'à exploiter ce que les documents révèlent.
Mariage de René Cerqueu et de Jeanne Abellard, Saint-Lambert-du-Lattay, Saint-Lambert, Baptêmes, mariages, sépultures, 1666-1680
Inhumation de Jeanne Abellard, Saint-Lambert-du-Lattay, Saint-Lambert, Baptêmes, mariages, sépultures, 1680-1701
Pourquoi les remariages étaient-ils si fréquents sous l'Ancien Régime ?
Au XVIIᵉ siècle, devenir veuf ou veuve n'a rien d'exceptionnel. Les maladies infectieuses, les complications liées aux accouchements et une espérance de vie plus faible qu'aujourd'hui rendent la disparition prématurée d'un conjoint relativement fréquente.
Dans les campagnes, cette réalité prend une dimension économique. Une exploitation agricole ou viticole exige une main-d'œuvre permanente. Élever des enfants, cultiver les terres, entretenir les bâtiments ou vendanger demande la participation de toute la famille.
Le remariage répond donc souvent à une nécessité autant qu'à un choix personnel. Les registres paroissiaux montrent régulièrement des veufs et des veuves qui contractent une nouvelle union quelques mois seulement après le décès de leur conjoint.
L'histoire de René Cerqueu illustre parfaitement cette réalité.
Deuxième mariage, nouveaux deuils (1686-1691)
Le 28 août 1686, un peu plus d'une année après avoir perdu Jeanne Abellard, René épouse Perrine David, âgée d'environ vingt-sept ans.
Pour un lecteur contemporain, ce délai peut paraître étonnamment court. Dans le contexte de l'Ancien Régime, il est pourtant tout à fait habituel. La continuité de l'exploitation familiale, l'éducation des enfants et l'organisation de la vie quotidienne rendent souvent le remariage indispensable.
Le 4 mai 1688, un garçon vient au monde. Selon une tradition largement répandue, il reçoit le prénom de son père et de son grand-père : René.
Mais cette nouvelle stabilité est de courte durée.
Le 8 février 1689, Perrine David disparaît à son tour. Les registres enregistrent son décès, sans davantage d'explications que pour Jeanne Abellard.
Quelques années plus tard, le 28 mars 1691, le jeune René est lui aussi porté sur le registre des sépultures. Il n'a que trois ans.
Ces quelques lignes manuscrites résument une succession d'épreuves qui marquent profondément la famille. Sans jamais exprimer les sentiments des survivants, les registres révèlent malgré eux la fragilité de l'existence sous l'Ancien Régime.
En moins de six ans, René Cerqueu perd deux épouses et un enfant.
C'est peu de mots dans les archives.
C'est beaucoup dans une vie.
À retenir
- René Cerqueu se marie trois fois au cours de sa vie.
- Les deux premières unions sont interrompues par le décès de ses épouses.
- Les actes paroissiaux illustrent la forte mortalité qui touche les familles rurales au XVIIᵉ siècle.
- Les remariages rapides répondent avant tout aux réalités sociales et économiques de l'époque.
Mariage de René Cerqueu et de Perrine David, Saint-Lambert-du-Lattay, Saint-Lambert, Baptêmes, mariages, sépultures, 1680-1701
Inhumation de Perrine David, Saint-Lambert-du-Lattay, Saint-Lambert, Baptêmes, mariages, sépultures, 1680-1701
Ce que racontent vraiment les archives
Pris séparément, chacun de ces actes paraît anodin : une naissance, un mariage, une sépulture.
Mais une fois replacés dans leur ordre chronologique, ils changent complètement de nature.
Ils racontent la disparition prématurée de deux jeunes femmes.
Ils montrent un père confronté à plusieurs deuils.
Ils illustrent les stratégies familiales permettant d'assurer la survie d'une exploitation viticole.
Autrement dit, les registres paroissiaux ne se contentent pas d'établir une généalogie.
Ils racontent une histoire humaine.
Une famille qui se reconstruit (1691-1710)
Le 7 mai 1691, les registres paroissiaux de Saint-Lambert-du-Lattay enregistrent un troisième mariage.
René Cerqueu épouse Perrine Vincent, née comme lui en 1656 et veuve de Côme Joulain.
À première vue, cet acte ressemble aux précédents. Pourtant, il marque un véritable tournant dans la vie de René.
Pour la première fois depuis plusieurs années, les registres cessent d'être dominés par les décès. Ils retrouvent un rythme plus heureux : celui des baptêmes.
Cinq enfants naissent de cette union : René en 1691, Sébastien en 1693, Jeanne en 1695, Perrine en 1697 et Pierre en 1699 (décédé en 1702).
Le généalogiste observe ici un phénomène fréquent sous l'Ancien Régime : après plusieurs années marquées par les deuils, une nouvelle union permet de reconstruire progressivement un foyer. Les registres n'évoquent pas les sentiments des époux, mais ils montrent que la cellule familiale retrouve une certaine stabilité.
Pour un vigneron, cette stabilité dépasse la seule sphère familiale.
La vigne exige une présence permanente tout au long de l'année : tailler les ceps en hiver, remplacer les pieds morts, entretenir les sols, surveiller les maladies, préparer les vendanges puis vinifier la récolte. Ces travaux mobilisent l'ensemble du foyer. À mesure que les enfants grandissent, ils participent eux aussi, selon leur âge, aux tâches quotidiennes.
Les archives ne disent pas que les fils de René deviennent vignerons. En revanche, elles montrent que la famille demeure durablement implantée dans le même terroir, ce qui laisse entrevoir une continuité de l'exploitation familiale.
Le regard du généalogiste
Les registres paroissiaux permettent parfois de suivre une même famille sur plusieurs générations. En rapprochant les baptêmes, les mariages et les sépultures, il devient possible de reconstituer la composition du foyer, son évolution et son enracinement dans une paroisse. C'est cette lecture globale qui donne tout leur sens à des actes pris isolément.
Mariage de René Cerqueu et de Perrine Vincent, Saint-Lambert-du-Lattay, Saint-Lambert, Baptêmes, mariages, sépultures, 1680-1701
Le vignoble du Layon à la fin du XVIIᵉ siècle
À l'époque de René Cerqueu, le paysage du Layon est déjà profondément façonné par la viticulture.
Les coteaux, bien exposés, offrent des conditions favorables à la culture de la vigne. Les parcelles sont nombreuses, souvent de taille modeste, et exploitées par des familles qui vivent presque exclusivement de leur travail.
Le cépage Chenin, déjà largement cultivé en Anjou, produit des vins blancs réputés depuis plusieurs siècles. Les techniques de vinification diffèrent de celles d'aujourd'hui, mais la réputation des vins angevins dépasse déjà les frontières de la province.
Le travail est entièrement manuel.
La taille, le bêchage, les vendanges, le transport de la récolte ou le pressurage demandent une main-d'œuvre importante. Les outils restent simples : serpes, hottes, pressoirs à vis en bois et chevaux constituent l'essentiel du matériel disponible.
Pour les familles comme celle des Cerqueu, la vigne représente bien davantage qu'une activité économique.
Elle rythme les saisons, organise la vie familiale et façonne l'identité du territoire.
Le dernier chapitre d'une vie (1729)
René Cerqueu traverse une période exceptionnelle de l'histoire de France.
Lorsqu'il naît, Louis XIV est un jeune roi.
Lorsqu'il meurt, en 1729, le royaume est gouverné depuis plus d'une décennie par Louis XV.
Entre ces deux dates, la France connaît des guerres, des réformes administratives, des crises climatiques et plusieurs épisodes de disette. Pourtant, rien de tout cela n'apparaît directement dans les registres paroissiaux.
Les archives paroissiales racontent une autre histoire : celle des habitants.
Le 2 avril 1729, René Cerqueu décède à Saint-Lambert-du-Lattay.
Le lendemain, son corps est inhumé à Beaulieu-sur-Layon, où reposent déjà ses parents.
L'acte de sépulture lui attribue environ soixante-quinze ans, un âge déjà respectable pour un homme du monde rural à cette époque.
Pour le généalogiste, cette dernière mention clôt un dossier ouvert soixante-douze ans plus tôt avec un simple acte de baptême.
La vie de René Cerqueu disparaît alors des archives.
Mais son histoire, elle, demeure.
À retenir
- René Cerqueu décède en 1729, après avoir vécu sous les règnes de Louis XIV et de Louis XV.
- Il est inhumé à Beaulieu-sur-Layon, auprès de ses parents.
- Les registres paroissiaux permettent de suivre son parcours sur plus de sept décennies.
- Son histoire illustre la vie quotidienne d'une famille de vignerons angevins sous l'Ancien Régime.
Inhumation de René Cerqueu, Saint-Lambert-du-Lattay, Saint-Lambert, Baptêmes, mariages, sépultures, 1719-1732
Ce que nous apprend réellement cette histoire
L'intérêt de cette recherche ne réside pas uniquement dans l'identification d'un ancêtre.
Elle montre tout ce que les archives peuvent révéler lorsqu'elles sont étudiées dans leur ensemble.
À travers une quinzaine d'actes seulement, il est possible de suivre les grandes étapes d'une existence : la naissance, le mariage, la parentalité, les deuils, les remariages, la transmission familiale et, enfin, le décès.
Peu de sources offrent une telle continuité.
Chaque acte, pris isolément, paraît modeste.
En les reliant entre eux, le généalogiste fait apparaître une histoire cohérente, inscrite dans un territoire et dans une époque.
René Cerqueu n'était ni noble, ni officier du roi, ni personnage célèbre.
Il était un homme ordinaire.
Et c'est précisément ce qui rend son histoire universelle.
À travers lui, ce sont des milliers de familles rurales de l'Anjou qui retrouvent aujourd'hui un visage.
Les archives ne conservent pas seulement des noms, elles conservent des vies
Lorsque René Cerqueu meurt en 1729, rien ne le distingue des milliers d'autres vignerons de l'Anjou.
Il n'a laissé ni mémoires, ni correspondance, ni portrait.
Aucun historien de son époque ne s'est intéressé à lui.
Pendant près de trois siècles, son existence est restée enfermée dans quelques pages de registres paroissiaux, écrites d'une encre aujourd'hui brunie par le temps.
Pourtant, ces quelques actes suffisent à faire réapparaître un destin.
Ils nous montrent un enfant né dans une famille de vignerons, un jeune homme qui fonde un foyer, un père confronté à plusieurs deuils, puis un homme qui reconstruit progressivement sa famille avant de s'éteindre dans le même terroir où il avait vu le jour.
Cette histoire n'a rien d'exceptionnel.
Et c'est précisément ce qui la rend si précieuse.
Car la généalogie ne raconte pas seulement les lignées prestigieuses ou les personnages célèbres.
Elle redonne une place à celles et ceux qui ont construit nos villages, entretenu nos paysages, cultivé nos terres et transmis, souvent dans l'anonymat, un patrimoine qui nous entoure encore aujourd'hui.
Les coteaux du Layon, les chemins de Saint-Lambert-du-Lattay, les vignes qui couvrent toujours les pentes de la vallée existaient déjà lorsque René Cerqueu les parcourait.
Les générations se succèdent.
Le paysage, lui, conserve leur empreinte.
La généalogie nous rappelle que l'histoire ne se limite pas aux grands événements ou aux décisions des rois.
Elle se compose aussi de milliers de vies ordinaires, dont les traces demeurent dans les archives.
Chaque acte retrouvé, chaque signature déchiffrée, chaque filiation reconstituée rapproche un peu plus le présent de celles et ceux qui nous ont précédés.
Les registres paroissiaux ne sont donc pas seulement des outils pour établir un arbre généalogique.
Ils constituent la mémoire écrite d'une société tout entière.
À travers eux, il devient possible de comprendre comment vivaient les familles, comment elles travaillaient, comment elles faisaient face aux épreuves et comment elles transmettaient leur héritage.
L'histoire de René Cerqueu n'est finalement qu'un exemple parmi des milliers d'autres.
Mais elle démontre qu'aucune existence n'est trop modeste pour mériter d'être retrouvée.
Et c'est sans doute là toute la vocation de la généalogie : rendre un nom à ceux que le temps avait réduits à quelques lignes d'encre.
Épilogue – Une lignée qui traverse l'Histoire
Les archives se referment sur René Cerqueu au printemps 1729.
René Cerqueu est mort il y a près de trois siècles. Ses mains ont taillé des ceps qui n'existent plus, pressé des raisins dont le goût nous est inconnu. Pourtant, quelque chose de lui demeure dans chaque bouteille de Coteaux-du-Layon que nous débouchons aujourd'hui. Car le Chenin blanc que nous buvons descend de ces vignes qu'il entretenait sous le soleil angevin, sur ces mêmes coteaux que ses yeux ont contemplés.
Pourtant, l'histoire de sa famille ne s'arrête pas avec lui.
En poursuivant les recherches plusieurs générations plus loin, les registres paroissiaux, puis l'état civil et d'autres sources, permettent de suivre la destinée de ses descendants. Parmi eux figure son arrière-petit-fils, Michel Cerqueu, dont le destin bascule au cœur de l'un des épisodes les plus tragiques de l'histoire de l'Ouest de la France : la guerre de Vendée.
En 1793, Michel , comme beaucoup d'autres, rejoint l'Armée catholique et royale.
Après les défaites du Mans (12 décembre) puis de La Flèche (13 décembre), les restes de l'armée vendéenne refluent vers la Loire dans l'espoir de regagner la rive sud du fleuve. Le 16 décembre 1793, des milliers de combattants, mais aussi des femmes, des enfants et des blessés convergent vers Ancenis. Faute d'embarcations suffisantes et sous la pression constante des troupes républicaines, la traversée devient impossible.
Beaucoup tentent alors de longer la Loire vers l'ouest.
Face à Le Cellier, la présence des îles du fleuve laisse entrevoir un passage. Dans la confusion, certains essaient de traverser à la nage, d'autres s'entassent sur des barques ou des radeaux de fortune.
Nombre d'entre eux disparaissent dans les eaux de la Loire.
Michel Cerqueu est de ceux-là.
Son décès ne figure pas dans les grandes chroniques de la guerre de Vendée. Aucun monument ne porte son nom. Pourtant, les archives permettent de retrouver la trace de cet homme ordinaire emporté par l'un des épisodes les plus dramatiques du conflit.
Entre la naissance de René Cerqueu, vigneron sous Louis XIV, et Michel Cerqueu, disparu dans les eaux de la Loire en 1793, s'écoulent près de cent quarante années.
Deux existences modestes.
Deux destins différents.
Une même famille.
Et une même conviction : la grande Histoire se comprend aussi à travers les vies anonymes que les archives nous permettent aujourd'hui de retrouver.
Questions fréquentes
Qui était René Cerqueu ?
René Cerqueu (1656-1729) était un vigneron de Saint-Lambert-du-Lattay, dans l'actuel Maine-et-Loire. Sa vie peut être reconstituée grâce aux registres paroissiaux conservés par les Archives départementales.
Comment connaît-on la vie d'un vigneron du XVIIᵉ siècle ?
Les registres paroissiaux consignent les baptêmes, les mariages et les sépultures. Croisés avec d'autres sources (minutes notariales, terriers, rôles fiscaux ou archives judiciaires), ils permettent de retracer le parcours d'une personne et de sa famille.
Que sont les registres paroissiaux ?
Avant la création de l'état civil en 1792, les curés tenaient des registres où étaient inscrits les baptêmes, les mariages et les sépultures. Ces documents constituent aujourd'hui l'une des principales sources de la recherche généalogique.
Pourquoi les remariages étaient-ils fréquents sous l'Ancien Régime ?
La mortalité des adultes, notamment des jeunes femmes en âge d'avoir des enfants, était plus élevée qu'aujourd'hui. Dans les campagnes, un remariage permettait souvent d'assurer la continuité du foyer et de l'exploitation agricole ou viticole.
Les vignerons vivaient-ils toute leur vie dans le même village ?
La majorité d'entre eux étaient peu mobiles. Les registres montrent que de nombreuses familles demeuraient plusieurs générations dans la même paroisse, tout en se mariant parfois avec des habitants des villages voisins.
Le Chenin était-il déjà cultivé dans le Layon sous Louis XIV ?
Oui. Le Chenin est attesté en Anjou depuis le Moyen Âge. Au XVIIᵉ siècle, il est déjà largement implanté dans la vallée du Layon et participe à la réputation des vins angevins.
Pourquoi le nom Cerqueu est-il orthographié différemment selon les actes ?
Il est fréquent de rencontrer plusieurs orthographes d'un même nom de famille dans les registres paroissiaux de l'Ancien Régime. Avant le XIXᵉ siècle, l'orthographe des patronymes n'était pas définitivement fixée.
Les curés écrivaient les noms tels qu'ils les entendaient ou selon leurs habitudes. Un même individu pouvait ainsi être mentionné sous différentes formes au cours de sa vie, sans que cela ne corresponde à un changement d'identité.
Dans le cas de la famille Cerqueu, on peut rencontrer plusieurs graphies selon les registres ou les officiants. Ces variations sont normales et constituent une difficulté classique en recherche généalogique.
Le chercheur généalogiste ne s'appuie donc jamais sur la seule orthographe d'un nom. Il croise systématiquement d'autres éléments : les prénoms, les dates, les liens de parenté, les professions, les témoins, les parrains et marraines ou encore la paroisse. C'est cet ensemble d'indices qui permet d'identifier avec certitude une même personne malgré les variations d'écriture.
Ces différences orthographiques rappellent enfin qu'avant la généralisation de l'état civil et de l'alphabétisation, le nom de famille était avant tout un nom transmis oralement. Son écriture dépendait davantage de la plume du rédacteur que de la volonté de la personne concernée.
Pourquoi les actes anciens donnent-ils parfois un âge approximatif ?
Les curés ou pasteurs ne disposaient pas toujours d'un document permettant de vérifier l'âge exact du défunt. Ils notaient souvent un âge estimé, fourni par la famille ou les proches.
Où consulter les registres paroissiaux de Saint-Lambert-du-Lattay ?
Les registres paroissiaux sont conservés par les Archives départementales de Maine-et-Loire et sont, pour une grande partie, numérisés et consultables en ligne ici
Sources : Archives départementales de Maine-et-Loire, registres paroissiaux de Saint-Lambert-du-Lattay et de Beaulieu-sur-Layon (BMS), XVIIe-XVIIIe siècles. Collection paroissiale et collection du greffe, consultables en ligne.
Pour aller plus loin
Chaque famille possède des archives qui n'attendent qu'à être redécouvertes.
Derrière un acte de baptême, un contrat de mariage ou un inventaire après décès se cache souvent une histoire bien plus riche qu'une simple succession de noms et de dates.
La généalogie permet de transformer ces documents en récits, de replacer les individus dans leur époque et de comprendre les choix, les épreuves et les héritages qui ont façonné les générations successives.
C'est en donnant une voix à ces anonymes que les archives révèlent toute leur richesse.
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