La famille Guizot de Saint-Genies-de-Malgoires : une dynastie protestante au coeur de l’histoire du Languedoc

Publié le 10 août 2026 à 15:10

La famille GUIZOT de Saint-Geniès-de-Malgoirès : une famille protestante au cœur de l’Histoire

Que peut révéler une recherche généalogique lorsqu’elle remonte plusieurs siècles ? Parfois bien davantage qu’une simple succession de noms et de dates.

L’histoire de la famille GUIZOT de Saint-Geniès-de-Malgoirès, dans le Gard, en est une remarquable illustration. À travers cette lignée, la généalogie nous conduit des marchands et manufacturiers de bas de soie du Languedoc aux pasteurs protestants, des guerres de Religion à la Révolution française, de la Terreur à la politique du XIXᵉ siècle, mais aussi jusqu’à Saint-Domingue.

Cette famille, profondément enracinée dans le protestantisme languedocien, a laissé des traces dans les registres paroissiaux, les registres protestants, les actes notariés et les archives judiciaires.

Et parmi ses descendants figure l’un des hommes politiques français les plus célèbres du XIXᵉ siècle : François Guizot.

Qui était la famille Guizot de Saint-Geniès-de-Malgoirès ?

La maison historique des Guizot à Saint-Geniès-de-Malgoirès, maintenant un gîte ou vous pourrez passer des vacances ou un week-end.

La branche étudiée ici est implantée à Saint-Geniès-de-Malgoirès, dans le Gard, depuis au moins le XVIᵉ siècle.

Les documents retrouvés permettent de faire remonter cette ascendance connue jusqu’à Blaise GUIZOT, probablement né vers 1520.

Pendant près de deux siècles, les GUIZOT apparaissent comme des ménagers, marchands, manufacturiers, pasteur et notables locaux, évoluant dans une société languedocienne très majoritairement protestante.

La famille est également liée à plusieurs lignées protestantes importantes de la région, notamment les de GIGNOUX, de BUYES, ROSSIERE, de RICHARD, GERVAIS de ROUVILLE et bien d’autres familles de marchands, avocats, pasteurs ou propriétaires.

Cette généalogie montre surtout une réalité essentielle pour le chercheur :

                                      Une famille ne se comprend jamais uniquement à travers ses actes d’état                                                                                                    civil. Il faut replacer chaque génération dans le contexte historique, religieux,                                                                                              économique et politique de son époque.

Une enquête généalogique à l’origine de cette découverte

Portrait d'Henriette Élisabeth GUIZOT.

Il y a quelques années, lors d’une recherche généalogique consacrée à l’ascendance d’un client dans le sud des Cévennes, une enquête menée sur plusieurs branches familiales fait apparaître de très nombreuses alliances et une descendance particulièrement importante.

Parmi les ascendants étudiés apparait Henriette Élisabeth GUIZOT.

Henriette Élisabeth GUIZOT, née à Paris le 6 août 1829 et décédée à Paris le 6 mai 1908.

Elle est connue comme femme de lettres sous le nom de Mme de Witt, née Guizot.

Sa propre fille, Marguerite de Witt, deviendra une personnalité engagée dans plusieurs combats de société. Elle militera notamment contre l’avortement, l’alcoolisme, la prostitution réglementée et la traite des femmes, et deviendra présidente de l’Union française pour le suffrage des femmes.

Mais pour comprendre cette branche, il faut remonter encore une génération.

François Guizot : de Nîmes au sommet de la politique française

Vue de Nîmes depuis la tour Magne, gravure de Jean-Pierre-Antoine Sicard, publiée en 1744. La ville que connurent les Guizot pendant la Révolution était encore largement celle représentée ici.

Le père d’Henriette Élisabeth est François Pierre Guillaume GUIZOT, né à Nîmes le 4 octobre 1787.

Il est baptisé au Temple par le pasteur Vincent. Son parrain est Pierre Guillaume Guizot, son oncle paternel, et sa marraine Catherine Mathieu, sa grand-mère maternelle.

Il deviendra le personnage le plus célèbre de cette généalogie.

Une enfance marquée par l’exil protestant

François Guizot connaît très tôt les conséquences de l’histoire religieuse de sa famille.

Après la Révolution, il passe une partie de son enfance à Genève, ville qui avait accueilli depuis plusieurs générations de nombreux protestants français contraints à l’exil.

En 1805, il revient à Paris et entreprend des études de droit.

Mais il possède également une véritable passion pour l’écriture.

Il collabore au journal Le Publiciste, où il rencontre Elisabeth Charlotte Pauline de Meulan, aristocrate libérale et femme de lettres qui écrit elle aussi pour le journal.

Ils se marient à Paris le 9 avril 1812.

La même année, alors qu’il n’a que 25 ans, François Guizot obtient une chaire d’histoire moderne à la Sorbonne.

Son épouse Pauline meurt le 1er août 1827.

François Guizot, historien et homme d’État

Portrait de François Pierre Guillaume GUIZOT

François Guizot commence véritablement sa carrière politique en 1814.

Au cours des règnes de Louis XVIII puis de Louis-Philippe Ier, il occupe de nombreuses fonctions importantes.

Il devient notamment :

  • député du Calvados ;
  • ministre de l’Instruction publique ;
  • ministre de l’Intérieur ;
  • ministre des Affaires étrangères ;
  • président du Conseil des ministres ;
  • ambassadeur de France à Londres.

Son parcours politique est cependant interrompu par la Révolution de 1848.

Il part alors en exil avec sa famille en Angleterre.

La famille séjourne à Londres jusqu’en juillet 1849.

C’est également à Londres que sa mère, Elisabeth Sophie Bonicel, décède. Elle est inhumée en mars 1848 au cimetière de Kensal Green.

François Guizot rentre finalement en France.

Il meurt le 12 septembre 1874 au château du Val-Richer, à Saint-Ouen-le-Pin, dans le Calvados.

Citations de François Guizot

« Le monde appartient aux optimistes, les pessimistes ne sont que des spectateurs. »

« On ne tombe jamais que du côté où l'on penche. »

« Quant aux injures, aux calomnies, aux colères extérieures, on peut les multiplier, les entasser tant qu'on voudra, on ne les élèvera jamais au-dessus de mon dédain. »

« La vie est dans le cœur, et le cœur est dans la famille. »

André Guizot : la famille face à la Terreur révolutionnaire

Pour comprendre l’histoire de cette famille, il faut maintenant remonter au père de François Guizot :

André François Pierre Guillaume GUIZOT, également appelé André Guizot-Gignoux.

Né à Nîmes le 27 juillet 1766, il est baptisé au Temple de Nîmes le 8 août 1767 par le pasteur Pierre Puget.

Son parrain est le pasteur André Bastide et sa marraine sa tante Françoise de Gignoux.

Il devient avocat et s’engage politiquement en faveur des réformes.

Mais la Révolution française, qui avait d’abord suscité chez certains protestants l’espoir d’une égalité nouvelle, va rapidement devenir particulièrement violente.

1794 : André Guizot face au Tribunal révolutionnaire

Le 13 janvier 1794, un mandat d’arrêt est délivré contre André Guizot.

L’acte d’accusation lui reproche notamment d’avoir :

« prêché la révolte contre-révolutionnaire »

et d’avoir participé à des complots visant à provoquer une guerre civile.

Son procès devant le tribunal criminel révolutionnaire de Nîmes se déroule le 8 avril 1794.

La sentence est sans appel.

André Guizot est condamné à mort et exécuté le jour même sur la place publique à Nîmes.

Son épitaphe résume, à travers ses propres paroles, l’image qu’il souhaitait laisser de lui :

« J’ai pu commettre des fautes, quel homme en est exempt ! J’ose dire que je n’eus point de vice ; j’étais honnête homme, j’étais bon citoyen, je ne voulais que le bonheur de ma patrie ; j’étais bon ami, bon frère, bon père, bon époux. »

Le jugement original constitue aujourd’hui une source généalogique et historique exceptionnelle.

Consulter le jugement d’André Guizot dans les Archives départementales du Gard :
Archives départementales du Gard – jugement du 8 avril 1794

Louis Guizot, dit Ferrier : un destin exceptionnel entre Saint-Domingue et le Languedoc

L’une des branches les plus étonnantes de cette généalogie conduit à Saint-Domingue.

Louis Guizot, dit Ferrier, serait né vers 1740 à Saint-Domingue.

Son père, Paul Guizot, est présenté comme entrepreneur et homme d’affaires. Il aurait émigré vers 1726 à Saint-Domingue avec son frère Louis.

Les deux hommes y auraient acquis une plantation de café ainsi qu’une maison appelée « La Grande Colline ».

La documentation familiale évoque également une relation entre Paul Guizot et Catherine Rideau, jeune esclave, dont il aurait eu un fils prénommé Louis.

Cette partie de la généalogie doit naturellement être étudiée avec une attention particulière, car les sources concernant les populations esclavisées et les relations familiales dans les colonies françaises sont souvent fragmentaires.

Paul Guizot aurait regagné la France avec une fortune estimée à 170 000 livres avant de repartir vers Saint-Domingue depuis Bordeaux, le 25 août 1749.

Il rentre ensuite en France avant 1762

Louis Guizot, viguier de Saint-Geniès-de-Malgoirès

Louis Guizot, dit Ferrier, s’installe dans le Gard.

Il vit à Saint-Geniès-de-Malgoirès, où il grandit et entreprend des études de droit, probablement à Nîmes.

En 1760, il épouse Marie Boissone, fille d’un marchand et fabricant de bas.

Il exerce lui-même le métier de fabricant de bas de soie avant de devenir, après l’obtention de son diplôme de droit vers 1762, viguier de la baronnie de Saint-Geniès, pour le compte de François-Emmanuel de Crussol, duc d’Uzès.

En 1763, il est officiellement reconnu par son père.

L’année suivante, son père entreprend auprès des autorités de Versailles et du roi les démarches nécessaires pour faire confirmer cette reconnaissance et permettre à son fils de bénéficier de la transmission de son patrimoine.

Un autre élément est particulièrement intéressant : Louis Guizot est baptisé en 1766 dans la religion catholique.

Dans le contexte de l’époque, cette conversion ou intégration catholique peut être replacée dans une stratégie sociale et familiale plus large.

1794 : le premier maire noir de France face à la Terreur !

En 1790, Louis Guizot est élu maire de Saint-Geniès-de-Malgoirès avec une très large majorité.

Il s’engage ensuite politiquement du côté des Girondins et se montre favorable au fédéralisme.

Cette position devient extrêmement dangereuse pendant la Terreur.

Arrêté, il est jugé par le tribunal criminel révolutionnaire de Nîmes.

Le jugement du 3 juin 1794 le condamne à mort.

Il est exécuté à Nîmes le jour même ou le lendemain.

Consulter le jugement de Louis Guizot dans les Archives départementales du Gard :
Archives départementales du Gard – jugement du 3 juin 1794

Son jugement présente de fortes similitudes avec celui d’André Guizot, exécuté deux mois auparavant.

Deux membres de la même famille, cousins issus de germains, se retrouvent ainsi victimes de la Terreur révolutionnaire à quelques semaines d’intervalle.

Une histoire à manier avec prudence

La tradition généalogique présente Louis Guizot comme « le premier maire noir de France métropolitaine ».

Cette formulation est historiquement forte et mérite d’être documentée avec précision avant d’être présentée comme une certitude générale mais jusqu'à preuve du contraire, il serait bien le premier.

En revanche, son parcours est incontestablement remarquable : homme de droit, fabricant de bas de soie, notable local, maire de Saint-Geniès-de-Malgoirès et victime de la Terreur, son histoire illustre les trajectoires complexes des populations issues de l’espace colonial dans la France du XVIIIᵉ siècle.

Une chose est certaine, la terreur républicaine n'a pas fait de distinction entre les hommes (et femmes) et son barbarisme s'est appliqué sans pitié contre tous ceux qui s'opposaient à leur idéologie mortifère et ce juste après les massacres de Louis Marie Turreau et de ses colonnes infernales en Vendée entre janvier et mai 1794.

Une famille protestante profondément enracinée dans le Gard

Après ces personnalités qui ont marqué l’histoire, revenons à la généalogie.

Les parents d’André François Pierre Guillaume Guizot sont :

Jean GUIZOT, né à Saint-Geniès-de-Malgoirès le 23 juin 1729,

et

Marie Henriette de GIGNOUX, née vers 1727.

Cette union révèle déjà les liens étroits qui existaient entre les familles protestantes du Languedoc.

La grand-mère de Marie Henriette de Gignoux est Marie de Richard.

Sa sœur Magdeleine de Richard avait épousé en 1663 Jacques Guizot, cousin germain du grand-père d’André François Pierre Guillaume Guizot.

Les mariages entre familles appartenant au même milieu social et religieux sont fréquents dans cette société protestante régionale.

Jacques Guizot, marchand et manufacturier de bas de soie

Les parents de Jean Guizot sont Jacques Guizot et Marguerite Fontanieu.

Jacques est né après 1679 à Saint-Geniès-de-Malgoirès.

Il épouse Marguerite Fontanieu, née à Saint-Bauzély, le 10 septembre 1708.

Un contrat de mariage avait auparavant été établi devant le notaire Me Devèze.

Jacques Guizot exerce comme marchand et manufacturier de bas de soie.

Il meurt en 1756 et Marguerite en 1757.

Cette activité textile constitue un élément important pour comprendre l’implantation économique de la famille dans le Gard.

Pierre Guizot et les archives notariales

Les parents de Jacques sont Pierre Guizot, né vers 1639 à Saint-Geniès-de-Malgoirès, et Anne Rossière, née en 1656 à Uzès.

Anne est fille de Jean Rossière, pasteur, et de Françoise de Rally.

Le couple se marie à Uzès le 2 novembre 1679 et aura neuf enfants.

Mais Pierre Guizot avait déjà été marié auparavant à Suzanne Bonneau.

Cette première union avait donné plusieurs enfants.

Le testament de Pierre Guizot, rédigé le 24 février 1696 à Saint-Hippolyte-du-Fort, constitue une source particulièrement précieuse.

« testament de sr Pierre GUIZOT marchanct de St-Geniès-de-Malgoirès
aux pauvres deux salmées méteil
à Françoise, Jeanne, Catherine, Marie, Isabeau et Susanne Guizot ses filles et de
dlle Anne Roussière sa seconde femme 1200 livres
à sieurs Jacques et Pierre Guizot ses enfants aussi 1200 livres =
à Claude Guizot et Marguerite Guizot autres enfants et de feue dlle Suzanne Bonneau sa 1ère femme veut qu'ils soient content de leurs constitutions
même légat aussi à posthume = héritière dlle Anne Roussière sa femme pour rendre comme bon lui plaira à Jacques et Pierre Guizot ses enfants présent à St-Hippolyte
présent Me Jacques Bastide conseiller du roi, receveur des tailles et en sa maison sieur Pierre Puech marchand, de Alexandre Dalgue sieur de Croye, Me Henri de Rouveiroile sieur des Graves, Laurent et Bouis Eymar »

Il permet notamment d’identifier ses enfants issus de ses deux mariages et de suivre la transmission des biens et des capitaux.

Il rappelle surtout une règle essentielle de la recherche généalogique :

lorsque les registres paroissiaux sont incomplets, les actes notariés peuvent permettre de reconstruire plusieurs générations.

Jean Guizot, capitaine huguenot au XVIIᵉ siècle

Les parents de Pierre Guizot sont Jean Guizot, né vers 1594 à Saint-Geniès-de-Malgoirès, et Jeanne de Bues, née en 1603 à Saint-Hippolyte-du-Fort.

Jeanne est issue de Jean de Bues, seigneur de la Barthe, et d’Isabeau Durante.

Jean est certainement marchand ou ménager mais il est également protestant et apparaît comme capitaine (huguenot), en lien avec la communauté protestante de Saint-Geniès-de-Malgoirès.

Jean Guizot épouse Jeanne de Bues en août 1627.

Un contrat de mariage daté du 27 août 1627 précise les conditions de cette union.

« Contrat de mariage entre Jean GUIZOT capitaine du lieu de St-Geniès-de-Malgoirès
d'une part et Dlle Jeanne de BUES fille de Jean de Buès sg de la Barthe et de feue Dlle Ysabeau Durante de St-Hippolyte en l'église reformée
Lequel sieur de la Barthes constitue sa fille 1600 livres, une paire de coffre bahuts et une demi garde robe y compris ses droits maternels
présent Audet Guizot vieux,  et autre Audet Guizot jeune, père et fils et Guillaume Guizot plus vieux dudit St-Geniès sachant le marage du Capitaine Jean, fils de Audet Guizot vieux lesquels cautionnent  ledit Jean par acte reçu par Me Plantier notaire dudit St-Geniès.
Acte maison du sieur de la Barthe en présence de Me Plantier notaire de St-Geniès et autres »

Cet acte est particulièrement important pour justifier avec une très forte probabilité les liens familiaux entre les membres cités : 

Audet (vieux) est bien le père de Jean,
Audet (jeune) est sont frère,
Guillaume (vieux) est fort probablement l’oncle de Jean (frère d’Audet vieux)
Il existe un Guillaume (jeune) né en 1693, fils de Audet (vieux) marié à Jeanne Puget en 1620.
Guillaume (vieux) est le fils de feu Blaise GUIZOT (voir transaction Anduze 1614)
La filiation est donc comme suit :
Blaise GUIZOT et Antonie ANTHONIN sont les parents de Audet (vieux) et de Guillaume (vieux)

Un acte notarié des archives de Saint-Hippolyte-du-Fort  du 9 mars 1643 le désigne ainsi :

« quittance de dot par capitaine Jean GUIZOT habitant de St-Geniés-de-t'ialgoirée mari dlle Jeanne de Buès faite aux hoirs de noble Jean de Bués sg de la Barthe et des mains de noble Joseph de Bués sr de la Blaquière son fils 150 livres.
légat de feue Jeanne aieule de ladite Jeanne testament et codicile Me Solignac notaire le 14 et 26 février 1615 »

Cet acte apporte une information particulièrement intéressante sur la place sociale et militaire qu’il occupait dans la communauté.

Jean et Jeanne auront au moins quatre enfants retrouvés dans les sources : Pierre, David, Suzanne et Jeanne.

Jean avait auparavant été marié à Jeanne Turjon, décédée en 1619 sans enfant.

Il décède en octobre 1679 à Saint-Geniès-de-Malgoirès.

Audet Guizot, premier consul de Saint-Geniès-de-Malgoirès

Nous arrivons maintenant au XVIᵉ siècle.

Les parents de Jean Guizot sont Audet Guizot, né vers 1555 à Saint-Geniès-de-Malgoirès, et Suzanne Angelras, née vers 1560.

Ils se marient vers 1580.

Audet est qualifié de ménager.

Dans le Languedoc du XVIᵉ siècle, un ménager est généralement un propriétaire ou exploitant agricole relativement aisé, souvent associé à la possession d’un mas ou d’un patrimoine foncier.

Mais Audet vit surtout dans une période extrêmement troublée.

Les guerres de Religion opposent catholiques et protestants et bouleversent profondément les communautés du Languedoc.

Saint-Geniès-de-Malgoirès est alors un village où la population protestante prend progressivement une place considérable.

En 1584, Audet Guizot est élu premier consul du bourg.

Il aura sept enfants avec Suzanne Angelras.

Suzanne meurt avant 1608.

Audet, qui a encore des enfants en bas âge, se remarie en 1612 avec Isabelle Giraud.

Aucun enfant issu de cette seconde union n’est actuellement identifié.

Isabelle meurt en 1626.

Audet décède en 1632.

Guillaume Guizot et la maison d’Anduze

Lors d’une recherche dans les archives notariales d’Anduze de Me Jacques Laverny, un contemporain  de Audet GUIZOT est apparu. Il se nomme Guillaume Guizot, est marchand à Saint-Geniès-de-Malgoirès.

Le 21 novembre 1614, il achète une maison à Anduze.

L’acte précise notamment qu’il s’agit d’une maison située dans la rue allant de la place de la Fontaine publique vers la porte des Cordeliers.

Cette transaction est importante car elle démontre que la famille Guizot ne se limite pas au territoire de Saint-Geniès-de-Malgoirès.

« Vente de sire Jean LANSE marchand, apothicaire de la ville d'Anduse en faveur de sire Guillaume GUIZOT fils à. feu Blaise Guizot marchand et habitant de St-Geniés-de-Malgoirès d'une maison  sise en la ville d’Anduze et en la rue allant de la place de la Fontaine publique à la porte appelé des cordelliers dudit Anduze confronte susdite rue Jean Manoël autre maison de Mes Jean de Sostelle et Etienne de Recolin = susdite Maison parait avoir été décrétée en la souveraine cour et chambre dans l'Edit du 5 novembre 1612 et ce pour 1400 livres.
En présence de de sire Pierre Bouvier vieux et autres…, acquit margina »

Elle participe aux réseaux économiques régionaux qui relient notamment Saint-Geniès, Anduze, Uzès, Nîmes et Saint-Hippolyte-du-Fort.

La deuxième information d’importance est la filiation puisque l’acte précise que Guillaume est le fils de « feu Blaise GUIZOT »

Guillaume Guizot est à nouveau dans deux actes de Me Jacques Laverny notaire à Anduze le 25 mai 1620 :

« Présent Mathieu RAUJOUX boulanger d’Anduze débiteur de sire Guillaume GUIZOT de St-Geniés-de-Malgoirés à présent habitant Anduze. 31 livres de prêt »

« Présent sire Guillaume GUIZOT marchand de St-Geniés qui arrente à sire Jean DUPLAN marchand drapier une maison qu'il a sise rue des Cordelliers confronte Mres Jean SOSTELLE et Jean MANOEL pour 4 ans se réserve les greniers = 30 livres par an.
acquit marginal tant en cadis blanc que en argent »

Blaise Guizot : la limite actuelle de l'ascendance connue

Les parents d'Audet Guizot seraient donc Blaise Guizot et Antonie Anthonin.

Les informations disponibles sont cependant beaucoup plus rares.

Une transaction concernant Guillaume Guizot, son fils, indique que Blaise était déjà décédé avant novembre 1614.

Il était probablement, comme plusieurs de ses descendants, ménager ou marchand.

Avec lui s’arrête pour le moment l’ascendance documentée de cette branche des Guizot de Saint-Geniès-de-Malgoirès.

Mais s’arrêter à Blaise Guizot ne signifie pas que la recherche est terminée.

Au contraire !

Que nous apprend cette généalogie ?

Cette généalogie permet de suivre sur près de deux siècles une famille profondément intégrée dans la société languedocienne.

Elle révèle plusieurs constantes.

1. Une forte implantation protestante

Des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles jusqu’à François Guizot, le protestantisme occupe une place centrale dans l’histoire familiale.

Pasteurs, marchands, avocats et notables protestants apparaissent dans les différentes branches.

2. Une ascension sociale progressive

Les premiers Guizot retrouvés sont principalement ménagers et marchands.

Puis apparaissent des fabricants, des hommes de loi, des officiers locaux et des responsables politiques.

Cette progression sociale s’observe sur plusieurs générations.

3. Des alliances entre familles protestantes

Les mariages avec les de Gignoux, de Buyes, Rossière, de Richard et d’autres familles locales montrent l’existence de réseaux familiaux particulièrement structurés.

Ces alliances ne sont pas seulement matrimoniales : elles sont également religieuses, économiques et sociales.

4. Les guerres de Religion ont laissé des traces profondes

La famille traverse les périodes les plus difficiles du protestantisme français :

  • guerres de Religion ;
  • répression des communautés protestantes ;
  • exil ;
  • Révolution française ;

5. Les archives notariales deviennent essentielles

Pour remonter au-delà du XVIIᵉ siècle, les registres paroissiaux ne suffisent plus.

Contrats de mariage, testaments, quittances de dot, ventes immobilières, actes de succession et procédures judiciaires deviennent indispensables.

C’est précisément grâce à ces documents que cette branche familiale peut être reconstruite malgré les nombreuses lacunes des registres.

Pourquoi les femmes portent-elles parfois une autre forme du nom ?

Un détail peut surprendre le généalogiste lorsqu’il consulte les documents anciens.

Les femmes apparaissent parfois sous une forme féminisée de leur nom.

Ainsi :

  • Guizot peut devenir Guizote ;
  • Durand peut devenir Durande ;
  • Bonneau peut devenir Bonnaude ;
  • Turjon peut devenir Turjone ;

Cette pratique est très fréquente dans les documents religieux et notariés du Languedoc avant le XVIIIᵉ siècle.

Elle peut apparaître aussi bien dans les actes rédigés par des prêtres que dans ceux produits par des pasteurs ou des notaires.

Elle devient progressivement moins fréquente après 1700.

Pour le généalogiste, cette particularité est essentielle.

Une recherche effectuée uniquement avec l’orthographe moderne du patronyme peut donc passer à côté de nombreux documents.

Pourquoi les archives notariales sont-elles essentielles en généalogie ?

L’exemple des Guizot de Saint-Geniès-de-Malgoirès montre toute l’importance des archives notariales.

Lorsqu’un registre paroissial est absent ou incomplet, un contrat de mariage peut donner les noms des parents.

Un testament peut révéler plusieurs enfants.

Une quittance de dot peut confirmer une alliance.

Une vente peut localiser une famille.

Un acte judiciaire peut révéler une profession, une appartenance politique ou religieuse.

C’est particulièrement vrai pour les XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, périodes où les registres sont souvent incomplets et où les guerres de Religion ont provoqué des destructions ou des interruptions documentaires.

Une famille locale qui rejoint la grande Histoire

Ce qui rend cette généalogie particulièrement fascinante, c’est le contraste entre son origine locale et l’importance de certains de ses descendants.

Au XVIᵉ siècle, les Guizot sont des habitants de Saint-Geniès-de-Malgoirès.

Ils sont ménagers, marchands et acteurs de leur communauté.

Au XVIIᵉ siècle, certains deviennent capitaines huguenots, manufacturiers ou propriétaires.

Au XVIIIᵉ siècle, la famille se diversifie et certains de ses membres accèdent au droit et aux fonctions publiques.

La Révolution bouleverse leur destin : deux membres de la famille sont guillotinés à Nîmes pendant la Terreur.

Au XIXᵉ siècle, la branche de François Guizot atteint les plus hauts sommets de la vie politique française.

Et plusieurs générations plus tard, cette même généalogie permet encore de relier cette histoire à des descendants contemporains.

C’est précisément ce que permet la généalogie historique :

à partir d’un individu vivant aujourd’hui et remonter progressivement jusqu’à des hommes et des femmes qui ont vécu dans un monde totalement différent du nôtre.

La généalogie des Guizot de Saint-Geniès-de-Malgoirès en quelques générations

Blaise GUIZOT
probablement né vers 1520

Audet GUIZOT
v. 1555 – 1632
ménager, premier consul de Saint-Geniès-de-Malgoirès en 1584

Jean GUIZOT
v. 1594 – 1679
marchand, capitaine huguenot
x Jeanne de BUYES

Pierre GUIZOT
v. 1639 – 1696 après
marchand à Saint-Geniès-de-Malgoirès

Jacques GUIZOT
mort en 1756
marchand et manufacturier de bas de soie
x Marguerite FONTANIEU

Jean GUIZOT
1729 – après 1767
pasteur protestant
x Marie Henriette DE GIGNOUX

André François Pierre Guillaume GUIZOT
1766 – 1794
avocat, victime de la Terreur

François Pierre Guillaume GUIZOT
1787 – 1874
historien, député, ministre et président du Conseil

Henriette Élisabeth GUIZOT
1829 – 1908
femme de lettres, Mme de Witt née Guizot

Marguerite de WITT
militante et figure du mouvement pour le suffrage des femmes

Conclusion : quand une généalogie raconte l’Histoire

L’histoire des Guizot de Saint-Geniès-de-Malgoirès est un parfait exemple de ce que peut révéler une recherche généalogique approfondie.

Derrière un nom se cachent des professions, des croyances, des alliances, des migrations, des réussites, mais aussi des drames.

Cette famille a traversé les guerres de Religion, les persécutions contre les protestants, les bouleversements de la Révolution française et la Terreur.

Certains Guizot furent marchands, manufacturiers de bas de soie, pasteurs, avocats ou élus locaux.

Deux d’entre eux furent guillotinés en 1794.

Et quelques générations plus tard, François Guizot devenait l’un des hommes politiques les plus importants de la France du XIXᵉ siècle.

Tout commence pourtant avec quelques actes anciens, quelques noms parfois mal orthographiés et des fragments d’archives.

C’est là toute la force de la généalogie historique.

Elle transforme une liste d’ancêtres en une véritable histoire familiale.

Et parfois, en remontant une branche, on ne découvre pas seulement ses ancêtres.

On découvre une partie de l’Histoire de France.

Questions fréquentes sur la famille Guizot

Qui était François Guizot ?

François Guizot, né à Nîmes en 1787 et mort en 1874 au château du Val-Richer, fut historien, professeur à la Sorbonne et homme politique français. Il occupa plusieurs fonctions ministérielles sous la Restauration et la monarchie de Juillet et fut notamment président du Conseil.

La famille Guizot était-elle protestante ?

Oui. La branche de Saint-Geniès-de-Malgoirès étudiée ici est profondément liée au protestantisme languedocien. Plusieurs membres sont baptisés au Temple, certains sont pasteurs ou proches des milieux protestants et Jean Guizot apparaît comme capitaine huguenot au XVIIᵉ siècle.

Où vivait la famille Guizot ?

La famille est principalement implantée à Saint-Geniès-de-Malgoirès, mais ses alliances et ses activités la conduisent également à Nîmes, Uzès, Saint-Hippolyte-du-Fort, Anduze et dans d’autres localités du Languedoc.
On retrouve une forte implantation de Guizot localisés au Nord-Ouest de Nîmes, Brignon, Saint-Benezet...

Un Guizot a-t-il été guillotiné pendant la Révolution française ?

Oui. André François Pierre Guillaume Guizot est condamné à mort par le tribunal révolutionnaire de Nîmes et exécuté le 8 avril 1794. Un autre membre de la famille, Louis Guizot dit Ferrier, est également condamné à mort quelques semaines plus tard, en juin 1794.

Quel lien existe-t-il entre les Guizot de Saint-Geniès-de-Malgoirès et François Guizot ?

François Guizot appartient à cette ancienne famille protestante languedocienne. Son père, André François Pierre Guillaume Guizot, est lui-même issu de la branche de Saint-Geniès-de-Malgoirès étudiée dans cette généalogie.

Pourquoi trouve-t-on plusieurs orthographes pour les noms des femmes ?

Dans les documents anciens du Languedoc, les noms féminins sont fréquemment féminisés. GUIZOT peut ainsi apparaître sous la forme GUIZOTE, tandis que d’autres patronymes peuvent prendre des formes comme BONNAUDE ou DURANDE. Cette pratique est particulièrement fréquente avant le XVIIIᵉ siècle.

Pourquoi les actes notariés sont-ils importants pour cette famille ?

Les actes notariés permettent de combler les lacunes des registres paroissiaux. Contrats de mariage, testaments, quittances de dot, ventes et successions permettent notamment d’identifier des parents, des enfants, des professions et des lieux de résidence.

Jusqu’où remonte la généalogie des Guizot de Saint-Geniès-de-Malgoirès ?

L’ascendance actuellement documentée remonte à Blaise Guizot, probablement né vers 1520. Les sources deviennent cependant beaucoup plus rares pour cette période et de nouvelles recherches dans les archives notariales pourraient éventuellement permettre de remonter davantage.

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Arbre Multibranches

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